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Gabriel Noone, homosexuel quinquagénaire, envoûte les auditeurs
avec son feuilleton radiophonique, Noone at night. Il compte parmi ses
fans un jeune garçon de treize ans, Pete Lomax, qui lui fait parvenir
son roman. La fabrique de cirage raconte la vie de cet enfant brisé
par ses parents qui l’ont battu et livré à un réseau
pédophile.
Une relation père-fils s’engage entre l’écrivain
à succès, en pleine phase de déprime sentimentale
depuis le départ de son compagnon, et le jeune garçon malade
du sida. Mais peu à peu le doute s’immisce dans l’esprit
de Gabriel Noone quand il comprend que Pete n’est peut-être
qu’un imposteur. Serait-ce celle qui se prétend sa mère
adoptive, Donna, qui souffrirait d’un dédoublement de la
personnalité ? Afin d’en avoir le cœur net, Gabriel
prend la route du Wisconsin, domicile de Pete.
Cet ouvrage mêle ave habileté fiction et réalité.
Les éléments autobiographiques qu’Armistead Maupin
a introduits dans son récit lui donnent une force et une sincérité
très émouvantes. L’auteur se livre au lecteur sur
divers sujets qui lui tiennent à cœur : son homosexualité,
son enfance, le sida, ses relations avec ses parents, son désir
inassouvi de paternité… Il ne s’agit pas d’une
autobiographie, le voile de la fiction permettant à l’auteur
de se livrer sans crainte.
Armistead Maupin a réservé quelques clins d’œil
aux inconditionnels des Chroniques de San Francisco : on retrouve le personnage
d’Anna, la fille de DeDe, et son jumeau Edgar ; certains personnages
du feuilleton de Gabriel Noone ressemblent étrangement aux personnages
des Chroniques…
Le sida tient une fois de plus une grande place dans le récit.
Il vient ici accabler un enfant qui a déjà subi de multiples
sévices. Les relations homosexuelles sont également longuement
évoquées à travers la relation entre Gabriel et Jess,
le compagnon de l’écrivain depuis dix ans qui vient de la
quitter. Leur histoire étant retracée depuis ses débuts,
le lecteur peut suivre l’évolution des mœurs homosexuelles
d’une part d’un point de vue historique, et d’autre
part selon l’âge des amants.
Mais le plus important reste la relation père-fils qui se noue
entre Gabriel et Pete. Armistead Maupin s’attaque ici au sujet tabou
de la paternité refusée aux homosexuels. Il fait part au
lecteur de son cuisant regret de ne pas pouvoir avoir d’enfant.
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