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Un aspect thématique : L’arrivée
du sida
dans la société américaine des années quatre-vingt
Le problème du sida occupe une place très
importante dans l’œuvre d’Armistead Maupin. En tant qu’homosexuel,
il a connu très tôt cette maladie qui a touché sa
communauté en premier de plein fouet dans les années quatre-vingt.
A une époque où l’on ne nommait pas encore la maladie,
où aucun traitement n’avait été trouvé,
l’auteur a appris à vivre avec la menace permanente de la
maladie et la perte progressive de son entourage.
On retrouve en effet le thème du sida très fréquemment
dans son œuvre. Dans les Chroniques de San Francisco, il apparaît
à partir du tome 3, à l’aube des années quatre-vingt.
Dès lors, il occupe une grande place dans la vie de Michael, qui,
à l’instar de l’auteur, apprend à vivre avec.
Dans Une voix dans la nuit, on retrouve le thème du sida, mais
de façon actualisée, car l’histoire se déroule
dans les années 2000. Cette fois c’est un enfant qui est
touché, et on perçoit les évolutions de la maladie
: des traitements existent, les hospitalisations sont plus fréquentes,
la maladie n’est plus autant cachée. La noirceur de la maladie
est nuancée. D’un côté, elle reste invincible
: Pete, l’enfant malade, est trop jeune pour subir le traitement
et succombe finalement à la maladie. D’un autre côté,
l’espoir renaît avec la réussite du traitement pour
Jess, le compagnon de Gabriel Noone.
A travers les Chroniques, Armsitead Maupin montre comment le sida a prit
une place croissante dans la vie quotidienne des américaines à
partir des années quatre-vingt.
Une maladie honteuse
Au début des années quatre-vingt, le sida est une maladie
que l’on ne nomme pas. Elle est inconnue du grand public, et lorsqu’on
en parle finalement, c’est pour la cataloguer comme la maladie des
drogués, des homosexuels et des personnes aux mœurs dépravées.
Pour montrer au lecteur ce phénomène, Armistead Maupin prend
l’exemple d’homosexuels célèbres dans le petit
univers de San Francisco, mais qui ne l’avouent pas. Le jeu favori
de Michael est de les démasquer. Il connaît donc la véritable
sexualité des grandes personnalités de la ville. Lorsque
ces personnalités décèdent, comme Archibald Gidde,
un mondain homosexuel, la presse ne révèle pas la véritable
cause de leur mot. On parle de crises cardiaques, de ruptures d’anévrisme,
mais jamais la presse ne mentionne le sida. C’est une maladie honteuse,
inavouable, qui ne peut pas toucher les hauts dignitaires de San Francisco.
A travers les réactions de Michael, qui se révolte chaque
fois qu’il fois qu’il lit l’une de ces fausses explication
dans la presse, l’auteur montre son dégoût face au
silence et à l’hypocrisie qui se sont créés
autour de la maladie lors de son arrivée aux Etats-Unis.
L’auteur a puisé dans la réalité cette hypocrisie
officielle : en France, à la même époque, la mort
de Thierry Le Luron a été attribuée à un cancer.
On a appris bien des années plus tard qu’il était
en réalité mort du sida.
Une maladie qui touche toutes les classes sociales
Armistead Maupin montre grâce à la multitude de personnages
qui peuple son récit que le sida touche toutes les couches de la
population. Les plus hautes classes sociales sont en effet touchées.
Archibald Gidde, membre important du gratin de San Francisco, définit
la population suivant quatre grandes classes : les A, les B, les A-gays,
les B-gays. Lui-même se définit comme un A-gay, c’est-à-dire
un homosexuel mondain, de haut rang. Au fil des épisodes, on voit
l’entourage A-gay d’Archibald Gidde se décimer peu
à peu, jusqu’au moment où il succombe à son
tour à la maladie.
Les gens « respectables » sont touchés également
: Jon Fielding, médecin et compagnon de Michael, meurt également
des suites du sida. On trouve également parmi les victimes les
rencontres d’un soir de Michael dans les bas-fonds de San Francisco,
des policiers, des ouvriers, des stars de cinéma…
A travers cette galerie de personnages aux mœurs et aux niveaux de
vie variés, Armistead Maupin montre que le sida n’épargne
personne, qu’il peut toucher n’importe qui et pas uniquement
les rebuts de la société ou les marginaux comme on le pensait
à l’époque.
Grâce à ses procédés, le lecteur perçoit
bien le sida comme une véritable épidémie, puisqu’elle
touche de plus en plus de personnages au fil des épisodes.
Une maladie sui s’étend progressivement
Par ses personnages, Armsitead Maupin montre également que le
sida, maladie d’abord attribuée à la communauté
homosexuelle, s’étend à toute la population.
En effet, Brian, personnage hétérosexuel, figure du mâle
par excellence, prend un risque et se croit atteint de la maladie. Il
apprend en effet que Geordie, une ancienne conquête, est atteinte.
Il prend donc la décision de faire le test de dépistage
et attend les résultats dans une angoisse insupportable. L’auteur
montre d’ailleurs ainsi la souffrance de l’attente, de l’incertitude
face à la maladie. Geordie, jeune serveuse de bar, est également
hétérosexuelle. Elle doit sa contamination à une
vie sexuelle quelque peu libérée, sans compagnon fixe.
L’auteur montre ainsi que les hétérosexuels sont progressivement
touchés eux aussi. Il explique d’ailleurs, toujours à
travers le personnage de Michael, que c’est à partir du moment
où les hétérosexuels ont été touchés
qu’on a commencé à donner un nom à la maladie,
à rechercher des traitements et des moyens de prévenir la
malade.
Entre fatalité et espoir
Le sida est largement perçu comme une fatalité tout au
long de la série. La plupart des personnages sont progressivement
atteints ou concernés, y compris les hétérosexuels,
et surtout y compris Michael, que l’on croyait intouchable. Dans
le dernier tome de la série, Bye-bye Barbary Lane, Michael attrape
le virus. Tout au long du roman, une sorte de bouton sur la cheville l’inquiète
car il pense à une lésion, signe que la fin n’est
plus très loin. Même si l’on apprend dans les dernières
pages qu’il ne s’agissait réellement que d’un
bouton, le lecteur prend conscience que Michael succombera lui aussi à
la maladie, qu’une lésion arrivera de toute façon
et qu’il ne pourra pas y survivre. Michael est une figure idéalisée
de l’homme homosexuel qui finit par trouver le véritable
amour. Il semble traverser les épreuves de la vie en ressortant
toujours vainqueur. Mais cette fausse lésion à la cheville
montre que sa seule faiblesse sera de ne pas pouvoir sortir indemne de
l’épidémie.
Cependant, Armistead Maupin a pris le parti de laisser Michael en vie
à la fin de la série. Une note d’espoir émerge
de ce choix : Michael n’est qu’au milieu de sa vie, la médecine
progresse, peut-être échappera-t-il à une mort certaine
? De plus, le dernier tme des Chroniques présente le quotidien
de Michael : celui-ci arrive très bien à vivre avec sa maladie.
Il suit un traitement qui certes paraît lourd, mais grâce
auquel il mène une vie normale auprès de ses amis.
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