Armistead Maupin

Quand San Francisco s'allume,

San Francisco...

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Etude d’un aspect formel : Les Chroniques de San Francisco

ou la remise au goût du jour du roman-feuilleton

 

Une écriture dictée par les exigences du découpage

L’écriture d’un roman-feuilleton exige de la part de l’auteur une rythmique très particulière de son récit. Celle-ci est déterminée par le rythme de parution du journal : s’il s’agit d’un quotidien, l’action sera fractionnée en une multitude de petits événements et l’intrigue progressera lentement. Le récit sera alors chargé d’un grand nombre d’anecdotes qui viendront l’enrichir. Au contraire, s’il s’agit d’un hebdomadaire ou d’un mensuel, le récit sera plus consistant et les événements seront plus concentrés dans chaque épisode.
De plus, la partie publiée à chaque numéro possède un nombre à peu près constant de signes typographiques. L’auteur doit onc calibrer l’écriture de son roman en fonction de la quantité de texte publiable par numéro. Pour ses Chroniques, Armistead Maupin a choisi un rythme de quatre à cinq pages de format poche pour chaque épisode. S’il arrive rarement qu’un chapitre soit plus long que les autres, c’est qu’il est le fruit de la réunion de deux épisodes.

Les procédés utilisés pour maintenir l’intérêt du lecteur

L’enjeu principal pour un roman-feuilleton est de maintenir l’intérêt du lecteur. Si celui-ci s’ennuie, il n’achètera pas le prochain numéro et le roman-feuilleton n’a plus de raison d’être. L’auteur doit donc prévoir pour la fin de chaque épisode un effet de suspens : un secret à dévoiler, un mystère à élucider (mais qui est réellement Madame Madrigal ?) Les relations entre les personnages sont aussi très importantes : des relations fortes, tendues sont essentielles pour garder l’attention du lecteur (Michael et Mona vont-ils se réconcilier ? Mary-Ann va-t-elle abandonner Brian au profit de sa carrière ?)
Le roman-feuilleton de doit donc d’obéir à une loi fondamentale : la multiplication des événements. L’action doit être une suite de rebondissements, tout en conservant la continuité nécessaire pour que l’unité de l’intrigue soit maintenue. De nombreuses anecdotes viennent nourrir l’intrigue principale de chaque tome des Chroniques : les multiples rencontres de Michael dans les bars gays de Castro, les aventures des personnages qui gravitent autour des habitants du 28, Barbary Lane… La multiplication même du nombre de personnages au fil des épisodes montre une nécessité d’apporter au récit toujours de nouveaux rebondissements.

Le portrait d’une époque et d’une société

A travers ses Chroniques, Armistead Maupin dresse un portrait fidèle des Etats-Unis dans les années soixante-dix puis dans les années quatre-vingt. A travers ses personnages, il présente les différents courants de pensée qui ont traversé les Etats-Unis et les événements historiques de cette période : le mouvement hippy, l’influence des sectes, le conservatisme reaganien, le militantisme homosexuel, la mort de John Lennon, l’arrivée du sida… La ville de San Francisco elle-même se modifie au fil des épisodes et des années. L’auteur réunit au sein de son roman toutes les caractéristiques des époques qu’il a choisies pour cadre à ses aventures. Il donne ainsi au lecteur un sentiment de réalisme, mêlé en permanence à une fine caricature qui provoque chez le lecteur un sentiment de tendresse pour la ville de San Francisco et pour les époques évoquées.
De plus, Armistead Maupin présente à travers chaque épisode des personnages hauts en couleur qui représentent chacun une couche de la société américaine. La multiplicité de ces personnages apporte des nuances à chaque classe sociale représentée. Pour la bourgeoisie par exemple, DeDe est la « pauvre petite fille riche » qui décide de vivre selon ses idéaux, sa mère Frannie représente la riche bourgeoise à tendance dépressive et alcoolique, Prue Giroux la mondaine à côté de la plaque rejetée par la haute société.

Des personnages que le lecteur peut suivre tout au long de leur vie

Un des principaux attraits du roman-feuilleton est le lien d’intimité qui réussit à créer l’auteur entre le lecteur et les personnages. En effet, la périodicité de la parution des épisodes crée un effet particulier sur le lecteur : il a rendez-vous avec les personnages. Au fil des épisodes, il fait peu à peu connaissance avec eux, il découvre leur face cachée, leurs émotions refoulées.
De plus, le lecteur peut voir les personnages évoluer au gré de leurs aventures. Il peut juger leurs actions face aux événements, observer leurs changements physiques également. Le personnage de Mary-Ann, par exemple, évolue de manière étonnante. Personnage attachant au début de la série, elle devient peu à peu une trouble fête : son ambition rend son couple avec Brian instable et fragilise son amitié avec Michael. Le sentiment du lecteur pour ce personnage évolue donc au fil des épisodes.

Des personnages qui se croisent, se perdent et se retrouvent

Les personnages sont très nombreux dans les chroniques. Certains occupent une place plus importante que d’autres, mais chacun a un rôle précis à jouer dans le déroulement de l’intrigue. Cette multiplicité de personnages est une des caractéristiques des romans-feuilletons. Elle a pour but d’éviter que le lecteur ne s’ennuie. Le récit fourmille ainsi d’une multitude d’anecdotes amusantes qui distraient le lecteur et aident l’intrigue à ne pas avancer trop vite.
De plus, le fait de retrouver à la fin d’un épisode un personnage déjà apparu au début de la série crée un effet d’amusement sur le lecteur, ainsi qu’une intimité particulière car il reconnaît le personnage. Par exemple, le personnage de Connie semble anecdotique au début de la série : elle est simplement celle qui accueille Mary-Ann à son arrivée à San Francisco. Cependant, lorsqu’elle refait son apparition quatre tomes plus loin, c’est pour confier son bébé à la jeune femme.

Un roman policier

L’atout principal pour garder le lecteur en haleine est le suspens. C’est pourquoi Armistead Maupin a mêlé des intrigues policières à ses chroniques de la vie quotidienne. Chaque tome contient son lot d’enquêtes, de mystères et d’intrigues. Dan le tome 1, Mary-Ann tombe amoureuse d’un détective qui enquête sur Madame Madrigal. Dans le tome 2, elle aide Burke à retrouver la mémoire et mène l’enquête pour se retrouver mêlée à une secte cannibale. Dans le tome 3, les courses-poursuites et les kidnappings s’enchaînent sur fond d’enquête pour retrouver les jumeaux disparus et se cacher d’un gourou en fuite. Dans le tome 4, Michael suit la trace de Mona à travers toute l’Angleterre. Dans le tome 5, Michael et Brian aident leur nouvelle amie Wren à retrouver un de ses amis dans un camp pour vieux milliardaires. Enfin, dans le tome 6, le suspens repose sur la décision de Mary-Ann au sujet de da carrière.

Des amours contrariés et malheureux

Si chaque personnage trouve le bonheur à la fin de la série, le parcours est long et difficile. Les amours contrariés offrent un très bon prétexte aux rebondissements et péripéties en tout genre. Ainsi, Michael se frotte à de multiples aventures avant de trouver l’homme de sa vie. Hélas, celui-ci meurt du sida et Michael se retrouve de nouveau seul. Après avoir renoué avec le célibat et son cortège de rencontres d’un soir, il finit finalement dans les bras de Thack.
Pour Mary-Ann, le schéma est le même. Après avoir noué une relation avec un voisin qui s’est révélé être un pédophile, elle tombe amoureuse de Burke qui repart finalement vivre à New York. Enfin elle ouvre les yeux et se marie avec Brian qu’elle connaît depuis des années. Mais son ambition la fait partir loin de sa famille. DeDe et D’orothea, le couple lesbien, connaissent bien des disputes et des discordes avant de filer le parfait amour avec leurs jumeaux.
Les aventures amoureuses de chaque personnage tiennent le lecteur en haleine puisqu’elles se sont jamais calmes et sereines, mais toujours troublées par tel ou tel événement.

Un thème inédit : l’homosexualité

Une des caractéristiques du roman-feuilleton est d’aborder de nouveaux thèmes. Ici, Armistead Maupin innove en utilisant pour la première fois l’homosexualité comme thème principal d’une œuvre littéraire. Elle tient en effet une place très importante dans la série, le personnage principal étant lui-même homosexuel. A travers lui, Armistead Maupin fait découvrir au grand public les mœurs de la communauté homosexuelle, ainsi que leur évolution des années soixante-dix aux années quatre-vingt-dix. Le roman-feuilleton lui a également permis d’évoquer le sida à un moment où on n’osait pas encore le nommer, où la population ignorait les ravages provoqués par cette maladie.

 

 

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